Mes chers consoeurs et confrères,

Un candidat bâtonnier doit proposer un programme. Plus même, il doit expliquer sa vision du barreau.

Mais choisir un bâtonnier, c'est choisir un candidat pour sa capacité de diriger le barreau dans un contexte économique, politique et social donné et de réagir, le cas échéant, dans des moments difficiles.

Et c'est le choisir en connaissance de cause…


Ma terre natale c'est le Borinage…terre de combats et de fêtes ! J'y suis née en 1957.
Trois frères suivront. A la maison, que des enseignants: ma mère, psychologue de formation, a enseigné la pédagogie à une génération d'instituteurs et mon père était lui-même instituteur à l'école communale du village, au pied d'un terril. J'y suis allée moi aussi à cette école où les journées de classe se terminaient en même temps que la pause de quatre heures des mineurs qu'on croisait à la sortie
Ni avocat ni magistrat dans la famille et pourtant je ne me souviens pas avoir jamais voulu être autre chose qu'avocat.
J'ai fait les « latin-math » à l'Athénée royal de Dour. Autre commune, autres terrils. J'étais la seule fille de la classe. Ce n'était pas trop la mode à l'époque que les filles soient des matheuses.
En 1975, j'entame mes études universitaires à Bruxelles que je ne quitterai plus.

Licenciée en droit de l'ULB en 1980 avec grande distinction et prix de la faculté, licenciée en droit économique dans la foulée en 1981, j'avais dans l'intervalle prêté serment le 1er septembre 1980 et commencé mon stage chez Jacqueline Linsmeau, devenue ensuite professeur de droit judiciaire, dans une petite structure de quatre avocats groupés dans laquelle j'étais la seule stagiaire.

En parallèle, le mariage et tout de suite des enfants.
Avant la naissance du quatrième, j'ai acheté une maison en plein cœur d'Ixelles pour y installer famille et cabinet : c'était ma façon à l'époque de concilier vie professionnelle et familiale.

J'ai ainsi connu les difficultés du développement de la clientèle du jeune avocat qui se lance et la relative solitude de l'avocat dit de proximité dans un cabinet unipersonnel.

Parallèlement j'ai exercé divers mandats à l'Université : assistante chargée d'exercices pour le cours d'introduction au droit pendant 19 ans, suppléante pour le même cours pendant une dizaine d'années à la faculté de sciences politiques et chercheuse au centre de droit privé pendant quatre ans.

Je me suis retrouvée plongée avec bonheur… dans l'enseignement !

J'ai été admise à suivre la formation à la pratique de cassation, d'une durée de 5 ans, organisée par la Cour et le barreau de cassation. Dès la fin de la première année de formation, j'ai entamé une collaboration externe avec René Bützler, avocat à la Cour de cassation, aujourd'hui décédé.

Quelle fabuleuse ouverture sur toutes sortes de domaines du droit.
Les enfants grandissant, les désavantages du cabinet à la maison en ont supplanté les avantages.

En 1991, j'ai alors rejoint Thomas Delahaye, avocat à la Cour de cassation et pendant quelques années je n'ai fait pratiquement que cela.

Après mon divorce, j'ai souhaité revenir sur le terrain.

En 1996, je fais l'expérience des grandes associations en entrant au cabinet De Bandt, aujourd'hui Linklaters, ce qui m'a permis, tout en continuant ma pratique de cassation avec Johan Verbist, de faire à nouveau du contentieux et aussi, avec l'appui de mon cabinet, de devenir chef de colonne et de m'impliquer une première fois pour mon barreau.

Deux ans plus tard, j'ai poursuivi l'expérience en relevant un autre défi : je rejoins mon amie Dominique Janssen pour ouvrir le département de droit civil du cabinet fiscaliste Loyens et Volkmaar, aujourd'hui Loyens Loeff.

A l'époque, le droit civil chez Loyens c'était tout ce qui n'était pas le droit fiscal !

Et enfin, fin 2000, un vieux projet est arrivé à maturité : j'ai fondé avec Henry Mackelbert, Philippe Levert et Jacques Englebert, le cabinet DLM. Henry Mackelbert est devenu magistrat, Jacques Englebert s'est expatrié à Namur et je reste aujourd'hui avec Philippe Levert dans une structure souple d'une dizaine d'avocats.

Parallèlement je suis devenue conseiller suppléant à la cour d'appel.

Une boucle était ainsi bouclée, j'aurai conclu et plaidé, écouté plaider et rédigé des arrêts, fait des avis sur des arrêts et rédigé des pourvois.

En 2003, déjà concrètement la vision d'un barreau entrepreneurial : j'ai suivi, pendant une année, le programme « Création et croissance d'entreprise » de la Solvay Business School pour asseoir les piliers de notre jeune association.

L'année suivante, pour élargir ma culture juridique vers un domaine qui ne m'était pas du tout familier, j'ai repris le chemin de l'Université et obtenu un certificat de formation à la pratique du droit communautaire à l'Institut d'études européennes.

En 2008, les enfants sont « grands » : une fille médecin, l'autre chimiste, un fils diplômé de l'Ichec et l'autre pompier. Il n'y avait pas d'avocat dans la génération d'avant, c'est acquis maintenant, il n'y en aura pas non plus celle d'après.

Sur l'insistance amicale de Maurice Krings, je me présente in extremis au conseil de l'Ordre et le 16 juin 2008, je suis élue.

A ce moment de ma vie privée et professionnelle, je pouvais me permettre de prendre cette responsabilité et mettre mon énergie et mes compétences au service, plus seulement de mes clients mais également de mon barreau.

Au-delà de la richesse de cette aventure humaine, je me suis, au quotidien de ces trois années, beaucoup impliquée dans mon mandat au conseil de l'Ordre.

Je voulais être sur le terrain et je l'ai été.

Je dois à « mon » premier bâtonnier, Yves Oschinsky, d'avoir d'emblée reçu une mission exaltante en étant nommée directrice du centre de formation professionnelle, fonction plus connue sous le nom de directrice CAPA, du nom du certificat qui sanctionne la formation initiale de nos stagiaires. Décidément…l'enseignement encore et toujours mais comme directrice d'école cette fois ! Que de réflexions et de projets menés avec le soutien tant des professeurs que des stagiaires via le Carrefour et je salue au passage le dévouement des premiers et la maturité des seconds : encadrement des sessions d'examen, mises au point de formulaire d'évaluation des professeurs et des cours, réflexion sur le contenu des cours et leurs supports, amélioration du fonctionnement des délibérations (transparence des cotations, motivation) etc… sans parler de la disponibilité au jour le jour pour les questions en tout genre des stagiaires et du coaching plus personnel de l'un ou l'autre confronté à des difficultés.

Comme directrice du CAPA, j'ai fait partie de la commission formation initiale de l'OBFG. J'y ai appris très concrètement à mener des projets à la fois à l'intérieur de mon barreau et au niveau de l'ensemble des barreaux francophones. En collaboration étroite avec son président Philippe Hallet, une véritable réflexion sur les compétences attendues et les objectifs de la formation a été entreprise qui devrait mener dans les années qui viennent à repenser complètement la formation des stagiaires. Cette expérience va maintenant pouvoir s'enrichir de contacts au niveau européen puisque j'ai été nommée expert de l'OBFG auprès du CCBE.

J'ai fait également partie de diverses autres commissions et, notamment, outre bien entendu la commission du stage, la commission mixte magistrature-barreau avec laquelle j'ai travaillé à la mise au point du nouveau protocole avec la cour d'appel, la commission solidarité-barreau avec laquelle j'ai implémenté le programme des clignotants permettant de détecter les confrères en difficulté de toutes sortes et, à l'OBFG, la commission « acte d'avocat ».

Sur le terrain, je l'ai été aussi pour accompagner des juges d'instructions dans des perquisitions chez des confrères.

« Vous êtes l'avocat du secret professionnel », m'a dit un jour un juge d'instruction à la fin d'une des longues après-midi que nous avions passées, côte à côte, dans son bureau, à regarder les mêmes courriers et documents sortis des caisses scellées dans lesquelles ils avaient été placés pendant la perquisition.

Sur le terrain encore et face au justiciable en étant le conciliateur entre celui-ci et l'avocat dont il conteste les honoraires.

«Une autre façon d'être avocat » c'est le titre du colloque de la rentrée de septembre 2010 avec lequel Jean-Pierre Buyle « mon » second bâtonnier, a entamé son bâtonnat pour un barreau humaniste et entrepreneurial. Nous avons poursuivi au conseil la réflexion initiée par ce colloque et je lui dois d'avoir saisi au bond l'idée que j'y ai lancée et de m'avoir permis de créer l'Institut du développement personnel de l'avocat.

Etre un homme (ou une femme !) meilleur pour être un meilleur avocat, c'est ce qu'avait déclaré le bâtonnier Cruyplants. L'IDPA dans la droite ligne de cette déclaration, permet aux avocats d'apprendre à gérer leur stress, leur temps, leurs émotions, leurs rapports à l'argent…

« Continuer et commencer » disait Jean-Pierre Buyle citant le philosophe William James. L'idée a peu a peu germé pendant ma dernière année de conseil de l'Ordre.

Continuer puisque si je suis élue, il se sera écoulé juste un an entre ma sortie et ma rentrée au conseil de l'Ordre.

Et entreprendre, plus que jamais, pour porter notre barreau toujours plus haut, toujours plus loin…

Si mon parcours est un programme, un programme ne se limite évidemment pas à un parcours.

Je reviendrai donc vers vous très rapidement.

Votre bien dévouée,

signature
Marie-Françoise Dubuffet