Mes chères consoeurs, mes chers confrères,

Pas besoin de statistiques pour affirmer que le pourcentage de stagiaires qui n'obtiennent pas leur certificat d'aptitude à exercer la profession d'avocat (CAPA) est infinitésimal.

La réussite est acquise pour le stagiaire, le cas échéant après avoir été autorisé par le Conseil de l'Ordre à passer une troisième session.

Nous sommes d'accord sur l'importance pour le justiciable de pouvoir faire appel à des avocats compétents et performants.

Nous sommes également d'accord sur la nécessité du degré d'exigence élevé qu'on est en droit d'attendre des stagiaires. Le congrès de l'OBFG du 22 mars 2007 le rappelait clairement en adoptant une résolution demandant aux Ordres « qu'ils assurent l'accueil, la formation, l'encouragement et l'encadrement des avocats stagiaires sur la base de standards d'exigence élevée ».

Il reste néanmoins que, confusément, cette constatation que tous les stagiaires obtiennent leur CAPA est dérangeante et ce, même si la majorité d'entre nous est d'avis que le CAPA ne doit pas être synonyme d'exclusion.

Alors à quoi sert un examen ? De manière générale, un examen est une méthode d'évaluation. Mais encore…d'évaluation de quoi ?

On se trouve ici face au trinôme qu'idéalement toute formation professionnelle devrait permettre d'acquérir: le savoir, le savoir faire et le savoir être qu'on peut très schématiquement résumer comme suit : le savoir ce sont les connaissances, le savoir faire ce sont les compétences techniques indispensables à la pratique d'un métier donné et le savoir être, le comportement, la manière d'exercer ce métier.

Les examens qui sanctionnent les cours CAPA constituent-ils une évaluation des connaissances, du savoir ? Non. Pour le stagiaire c'est normalement déjà fait pour la plupart des cours enseignés (à l'exception de la déontologie ou de l'aide juridique) puisqu'il est titulaire d'un diplôme universitaire.

Servent-ils alors à évaluer des compétences? Cela devrait être le cas.

Mais encore faudrait-il alors définir ces compétences.

Et c'est là, la pierre d'achoppement. Force est de constater que nous ne nous sommes jamais attelés à la tâche de définir quelles sont, au-delà de ses connaissances théoriques, les compétences attendues de l'avocat stagiaire pour l'admettre au tableau.

Définir ce référentiel de compétence devrait pourtant être un préalable absolu et nous amènerait à réfléchir à ce qu'est, pour nous, l'essence de notre métier et ce, quelles que soient nos matières de prédilection ou la taille du cabinet dans laquelle nous l'exerçons. Ces compétences devraient être transversales.

A titre exemplatif, le barreau de Québec a mené cette réflexion de définition des compétences qu'il regroupe en quatre catégories :


A l'intérieur de ces quatre catégories, se déclinent pas moins de 35 compétences.

On voit tout de suite que ce n'est pas uniquement la formation initiale mais sans doute l'ensemble du stage lui-même qui devrait être revu afin de permettre au stagiaire de développer les compétences ainsi référencées.

Et c'est ensuite seulement que nous pourrons envisager les situations d'évaluation de ces compétences, l'examen n'étant pas un passage obligé.

J'étais partie de la question à quoi sert un examen que tout le monde réussit ?

Et je suis donc amenée à conclure à quoi sert alors un examen tout court dès lors qu'il s'agit non pas d'évaluer des connaissances, mais un savoir faire « l'avocat conseille, l'avocat concilie, l'avocat défend » et aussi, et peut-être surtout, un savoir être : l'avocat est à l'écoute de son client, du monde dans lequel il évolue pour mieux conseiller, concilier et défendre dans le respect d'une éthique rigoureuse.

Une autre manière de concevoir le stage afin de donner au certificat d'aptitude à exercer la profession d'avocat tout son sens ? Le défi est à relever.

Votre bien dévouée,

signature
Marie-Françoise Dubuffet
Candidate au vice-bâtonnat